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L' IDENTITE  CULTURELLE  « COMME  BIEN  SOCIAL » 1

 

Rappelons que selon la théorie de l'égalité complexe de Michael Walzer, il existe, au-delà de la sphère socio-économique,  plusieurs « biens sociaux » potentiellement désirables par les individus dans une société donnée : statut professionnel et social, pouvoir politique, temps libre, notoriété, etc. On peut donc mettre en évidence plusieurs dimensions de  l'égalité, qui relèvent chacune d'un principe spécifique de répartition.

Or, l'identité culturelle recèle toutes les caractéristiques d'un bien qui pourrait relever d'une dimension importante de l'égalité, selon les critères proposés par Walzer : caractère social et non privatif ; forte valeur sociale associée pour les personnes concernées et investies ; signification sociale et non « naturelle » de l'identité collective, déterminée par un contexte historique (évolution de cette signification, en particulier, avec l'acquiescement aux principes de la modernité).

La prise en compte de l'identité collective comme « bien social » permet de mieux aborder certains problèmes qui se posent dans le cadre de l'égalité simple. Par exemple, le lien souvent établi entre différence et inégalité à propos des revendications de reconnaissance de l'identité culturelle. Ainsi, pour certains auteurs, toute reconnaissance de l'identité culturelle s'accompagnerait d'une légitimation de l'inégalité socio-économique, surtout pour des minorités culturelles qui subissent cette inégalité. Or, dans le cadre de l'égalité complexe, ces deux dimensions - socio/économique et culturelle -  sont abordées séparément, les progrès dans l'une des dimensions n'ayant aucune portée sur l'autre.

Enfin, ce modèle appliqué à l'identité culturelle permet de clarifier deux questions qui sont soulevées en France. Premièrement, l'égalité complexe rejette ce qu'on appelle ici le « communautarisme » (enfermement communautaire), puisqu'elle ouvre, au contraire sur l'idée du pluralisme,  sur la multi-appartenance culturelle. Deuxièmement, le modèle d'égalité complexe rejette toute confusion entre les dimensions de l'égalité, confusion -entre le socio/économique et le culturel- rencontrée dans l'application de la « discrimination positive » américaine (l'affirmative action), qui accorde certaines préférences de nature socio-économique à des minorités culturelles.

 



[1] Nous proposons ici, en résumé, des modalités d'application de la problématique de l'égalité complexe à la sphère culturelle. Voir Simon Wuhl, L'égalité. Nouveaux débats, pp. 290 à 300.

 

LISTE RECAPITULATIVE DES TEXTES PROPOSES